20 mars 1838

« 20 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 168], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.767, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour mon Toto, je t’aime, je ne pense qu’à toi, je t’adore. J’espère que tu m’auras une petite loge [C ?] pour ce soir aussi je t’écris en conséquence. Je crains que de lire mes gribouillis n’augmente la fatigue de tes chers beaux yeux. Si tu étais bien gentil tu ne les lirais que lorsqu’ils seraient guéris. Je te dis cela de bien bonne foi, mon amour, j’ai si peur d’ajouter encore à la fatigue et la douleur que tu éprouves dans ce moment- [ci  ? là ?] que j’aimerais mieux t’écrire trois lettres par jour à la condition que tu ne les lirais que dans six mois. C’est bien vrai, mon pauvre adoré. Jour Toto, jour mon petit homme, vous n’êtes pas venu encore, vous ne viendrez donc plus jamais ? Toto, Toto, vous dérogez. J’ai un excessif mal de tête, cela tient au printemps et autre chose... Je supporte cette infirmité avec courage mais je souffre néanmoins comme une damnée. J’aurais besoin de prendre de l’exercice. Je vais écrire chez mon père1 pour qu’on aita à nous envoyer une permission toute prête pour l’aller voir cette semaine, ce pauvre homme, c’est le mieux que nous puissions faire après lui avoir si souvent promis. Il faudra aussi que nous allions chez Claire, tu n’as plus de répétitions à présent, il te sera plus facile de me donner quelques instants dans la journée. Je vous aime, vous. Je ne m’explique pas très bien ce qui vous empêche de venir déjeuner avec moi depuis trois semaines car enfin il faut que vous preniez quelques heures de repos et que vous déjeuniez ? Donc que vous pourriez quelquefois me donner la préférence. Avouez que votre conduite depuis trois semaines est inexplicable même en admettant, ce qui est vrai, que vous travailliez tous les jours comme un pauvre chien. Je fais tout mon possible pour ne pas me tourmenter et vous tourmenter mais j’ai bien de la peine. Je retourne toujours en arrière et je vois qu’autrefois tu ne travaillais pas moins qu’à présent et que tu étais plus amoureux. Si je me trompe, mon pauvre bien-aimé, ce n’est pas faute de vouloir être juste. Je sais bien que tu es le meilleur des hommes mais je voudrais savoir que tu en es le plus amoureux. Je ne vis que pour toi, je t’adore.

Juliette


Notes

1 Juliette désigne ainsi son oncle René-Henry Drouet.

Notes manuscriptologiques

a « n’ait ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.